jeudi 16 septembre 2010

La Langue d'Adam

Bonjour,

cet été j'ai eu le grand plaisir de réaliser une illustration pour un ouvrage à paraître aux éditions Dunod : La Langue d'Adam, de Derek Bickerton. (Bien sûr avec un tel titre, je me suis assuré avant d'accepter de faire l'image que ce n'était pas un ouvrage créationniste ! )

En fait il s'agit d'un livre traitant de l'émergence du langage à l'aube de l'humanité. Derek Bickerton est un linguiste réputé et le peu que j'en ai lu ici ou là me donne vraiment hâte de tenir cet ouvrage entre les mains pour le lire ! Non pas que je sois très pointu en linguistique (de Chomsky je n'ai lu que les écrits politiques) mais sur la question de l'apparition du langage, je suis très trrès curieux.
L'illustration réalisée pour la couv de ce livre met en scène deux homo habilis en pleine "discussion". Je me suis rendu compte en préparant cette aquarelle qu'il y avait un tas de choses à faire sur les hominidés très anciens ; ça m'a beaucoup fait réfléchir, notamment sur la question de la pilosité des hommes fossiles... Je reviendrai sans doute un de ces quatres sur cette question passionnante et pleine de chausse-trappes .

Ci-dessous un aperçu de la couverture et de la 4ème de couv du livre La Langue d'Adam (en librairie début octobre). Pour en savoir plus, la fiche du livre sur le site de l'éditeur Dunod.

10 commentaires:

Vincent a dit…

Sujets en effet passionnants (même pour ceux qui ne font pas profession de les illustrer en BD) : aussi bien les hypothèses sur l'apparition du langage que la question de l'apparence (notamment pileuse) de nos ancêtres.

J'ai également hâte d'avoir le livre en question en main.

Quant au dessin proprement dit, si je peux me permetre, je trouve très bien vu le bras levé. Cyrulnik explique en effet (dans je ne sais plus quel ouvrage) que le langage ne vient qu'aux enfants d'abord capables de "pointer du doigt" ou comprendre, lorsqu'on leur fait, qu'on désigne ainsi un objet au loin.

On peut supposer que l'ontogénèse suit là encore la phylogénèse (comme on dit pour faire pompeux), bref que l'évolution de l'individu récapitule l'évolution de l'espèce.

Belle inspiration, donc !

Vincent a dit…

Qu'est-ce qu'il était en train de montrer dans votre esprit, M'sieur Roudier ?

Marcel Trucmuche a dit…

Tout à fait d'accord avec la remarque de Vincent (et de Cirulnik, donc...) à propos de l'enfant qui pointe du doigt - sans doute l'as-tu déjà remarqué avec Gugusse, Manu. Il y a une phase, chez l'enfant qui sait déjà se tenir debout, où il pointe tout ce qu'il remarque, non pas globalement dans son champ de vision, mais comme chaque chose qu'il parvient à isoler du tableau visuel (ou sonore) d'ensemble.
Certains parents se servent même du langage des signes pour communiquer avec leur enfant avant l'acquisition du langage. Et bien souvent, c'est pour réaliser qu'il existe déjà une forme de langage, non articulé, mais déjà pensé, chez le très jeune enfant.
Mais bon, nos rejetons ne sont pas des hominidés tout de même. L'amalgame ne doit pas être aussi évident.
Une dernière remarque : avec toutes les illustrations que tu livres ici ou là, te rends-tu compte, Manu, combien tu es en train de fixer des représentations ? Enfants, nous avions à l'esprit le travail de Chéret, et nos enfants verront les hommes préhistoriques comme tu les représentes... Ouahou! Belle qualité d'artiste que d'avoir une mainmise dans l'inconscient collectif !

Tinky a dit…

Miam ! Encore un ouvrage sympa à me mettre sous la dent ! Au fait, jolie la nouvelle en-tête de ton blog, avec ce bon vieux Laghou et Faudraug en face à face avec un bison désobligeant !
En tout cas, le coup de montrer avec le doigt ou de parler avec les mains avant le langage articulé, ça m'étonne à peine... Et les gens du Sud ont encore un peu gardé cette manie de gesticuler en parlant, souvent pour souligner avec emphase un propos ou une émotion...
Bises !

Emmanuel a dit…

Salut à tous et merci pour ces commentaires !

A propos d'ontogénèse et de phylogénèse, je me suis souvent posé la question, et je pense qu'en fait il s'agit d'un piège de l'esprit : malgré ce que peuvent nous apprendre l'archéologie et la paléontolgie, notre lignée remonte si infiniment loin dans le temps et a été si longtemps totalement différente de ce que nous sommes aujourd'hui qu'on ne peut concevoir la notion de son "origine" qu'à travers notre propre expérience consciente et subconsciente de l'émergence de la pensée. On peut facilement trébucher sur ce genre d'embuches, comme l'a fait Freud dans "Totem et Tabou", à mon avis, quand il imagine la "horde primitive" de l'aube de l'humanité comme une famille subissant le joug d'un père tyrannique. On est dans le registre de la mythologie. Pour le langage, je vous avoue que j'ai du mal à démêler les fils de ma pensée sur ce sujet (ou alors ce serait long et je m'embrouille, il est tard), c'est pourquoi j'ai hâte de lire le livre de Bickerton.

A propos de la phase de "pointage" chez l'enfant, je suis persuadé qu'elle existe mais pour le coup je ne l'ai pas vraiment constaté chez Gustave, qui a acquis une maîtrise du langage articulé hyper vite et qui s'est donc très tôt servi de la parole (en gros il s'est mis à parler en même temps qu'il s'est mis à marcher, vers 15 mois). Mais ceci dit, on voit bien avec les expériences d'acquisition d'un langage gestuel par les tous petits que la capacité d'expression est là, très tôt, mais que la maturité de l'appareil phonatoire ne suit pas toujours très vite (ce qui provoque d'ailleurs de grandes frustrations chez le bambin !)

Quant à ce qu'est en train de montrer notre habilis à son compère, je dirais bien une belle paire de fesses, mais dans ce cas là il n'inviterait pas son collègue à venir la partager. Il faut alors se rabattre sur le partage d'une belle charogne (arg.)

A propos de ta dernière remarque, Marcel, je me contenterais de dire que je représente les préhistoriques comme il est convenu de les représenter ces temps-ci. Je ne sais pas si ça me donne une mainmise dans l'inconscient collectif des mouflets (gasp !) mais en tous cas je me dis que je situe dans une sorte de "mode", à mi-chemin entre la paléoanthropologie et nos fantasmes sur notre passé. Du reste, je regardais il n'y a encore pas longtemps la dermoplastie d'un neandertalien par John Gurche et je me demande de plus en plus si on ne va pas trop loin en ce moment à vouloir les représenter physiquement si proche de nous... Qu'est-ce que ce choix de représentation physique est censé induire sur notre perception de l'intelligence de nos ancêtres ? Mais j'anticipe sur mon post sur les poils.

A bientôt !

eric a dit…

Sympa le nouveau bandeau titre du blog !

Tinky a dit…

Bonsoir, vous tous !
Le docu-fiction de France 3, "Papa Neandertal ?" diffusé le 26 septembre en seconde partie de soirée était un pur bonheur, en avant-première du film de Jacques Malaterre... J'espère qu'ils en feront une édition DVD ou qu'ils le rediffuseront, il était aussi sympa que le docu-fiction de National Geographic "Neandertal Code"!
Pour ce qui est des facultés phonatoires des ancêtres et des gamins, Gustave semble parti pour devenir un grand orateur, car en dépit de son jeune âge, qu'est-ce qu'il parle bien ! Ca a beaucoup étonné Mireille, mais ça ne m'étonne pas vraiment... Gustave a des parents futés et il a bien hérité d'eux, c'est sûr ! Et Mimi ne devrait pas être surprise, elle qui, au même âge, demandait à son papa :"Mais, papa, pourquoi clos-tu donc les volets ?". Certes, ça peut surprendre dans la bouche d'une gamine de deux ans, mais Mimi, qui a oublié d'être idiote, avait compris que le verbe clore voulait dire fermer, à cause de la chanson de Nicoletta, "les volets clos", qu'on entendait sans arrêt à l'époque ! Comme quoi, langage et intelligence, même combat !
Et notre Mimi, comme ton petit Gustave, qui est un amour de loupiot, sont bien lotis de ce côté-là, n'en doute pas !
Il y a gros à parier qu'il en était de même pour nos prédécesseurs qui avaient dû se délier les neurones et la langue bien vite pour survivre avec des moyens a priori rudimentaires mais dont ils ont eu une remarquable maîtrise assez rapidement !
Sur ce, bises à tous, et à bientôt !
Tinky, ravie par ce docu-fiction de France 3 !

Marcel Trucmuche a dit…

J-1 pour le film de Malaterre. J'ai aujourd'hui reçu un mail transféré des éditions Aubéron qui te font bonne pub à cette occasion !

Biz a tutti!

Emmanuel a dit…

Ah oui ?
Ah ben j'ai pas eu ce mail. En tous cas c'est sympa de leur part (d'ailleurs ce sont des gens très bien !)
Bisous Marcel

De ma tourelle a dit…

Grave erreur de traduction! Je vous colle ici les 2 phrases que "j'incrimine" : "Un gland donne une baffe. La baffe se transforme en chêne." Cet extrait se retrouve sur le site web de Dunod, dans le texte promotionnel du bouquin. Or, c'est une énorme erreur de traduction! Dans la table des matières de l'original en anglais états-unien, le 11ème chapitre s'intitule : "An acorn grows to a sapling" et le 12ème : "The sapling becomes an oak". Cela devrait se traduire par à peu près ceci : «Un gland devient une jeune pousse" et "La jeune pousse devient un chêne".

La traduction erronnée faisant référence à une baffe NE FAIT PAS SENS! Elle peut enlever énormément de crédibilité à l'édition de Dunod, mettant en doute la qualité de traduction de TOUT LE LIVRE. Veuillez en informer Dunod dès que possible! Un coup parti, si Dunod est reconnaissant de mon intervention, j'apprécierai certainement une copie corrigée du livre, dont le sujet m'intéresse vivement.

Merci de votre collaboratin à faire corriger cette erreur grave.

Bruno Bizier
Ste-Anne-des-Monts, Québec
brunobiz@yahoo.com