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samedi 17 novembre 2018

Petite update d'illustrations

Hello à tous. Un peu plus d'un an que je n'ai rien posté sur ce blog, alors je remédie à cela. Tandis que l'essentiel de mon temps est dévolu au travail sur la 2e édition de mon jeu de rôle WÜRM (à paraître chez BBE en 2019), je réalise également pas mal d'illustrations pour divers projet. En voici une petite sélection, produites cette année.

Panorama sur Neandertal dans la dernière salle de l'expo Neandertal au Musée de l'Homme. Merci à Marylène Patou-Mathis de m'avoir laissé carte blanche sur ce magnifique projet ! (la version en couleur se trouvera dans le livre de Würm !) :



 Deux illustrations parmi toute une série réalisées pour le Museo de Prehistoria de Valencia. Ces illus mettent en scène l'occupation de sites paléolithiques majeurs de cette région d'Espagne  :



Une série d'illustrations réalisées pour un documentaire diffusé au printemps prochain sur Arte, à propos de la grotte de Bruniquel, doublement célèbre depuis qu'on y a daté les structures en stalagmites à -180 000 ans environ. Superbe sujet. Merci à Luc-Henri Fage et Jacques Jaubert de m'avoir fait confiance !

 


dimanche 8 juin 2014

A ma droite, Chéret ; à ma gauche, Roudier !

Hello à tous !

Quelques nouvelles du front ! Tout va bien par ici-bas, et le tome 3 de La Guerre du feu est quasiment bouclé pour ce qui concerne ma partie. Je vois arriver ces jours-ci des planches mises en couleur par Simon qui sont de toute beauté.
Le troisième et dernier volet de l'adaptation de La Guerre du feu est donc prévu pour début octobre.

En attendant, je vous poste ci-dessous le film d'une rencontre organisée à la médiathèque de Béziers il y a deux ans. J'y rencontrais André Chéret, mythique dessinateur du non moins mythique Rahan, et cette rencontre, animée par Jean-François Marty, avait été l'occasion de dire plein de choses sur la BD préhistorique, l'univers et le reste. A découvrir pour les curieux, grâce à Marc Rioux, webmaster du site Rahan.org, qui a réalisé ce film. Il y en a pour plus d'une heure ! Bon visionnage.



Hop, je profite aussi de ce message pour saluer tous les amis, collègues et lecteurs rencontrés ou retrouvés aux festivals de Gruissan, Narbonne, aux Imaginales d’Épinal et à Sérignan, d'où je poste ce soir.
Salut et à bientôt à tous !

mercredi 20 février 2013

Images pour Symbiose

Salut à tous,

Réalisées récemment, ces deux illustrations pour le film SYMBIOSE, de Rob Hope, en cours de finalisation.

Une image de rencontre entre deux petits clans, très inspirée d'une case du T3 de Neandertal, pour les connaisseurs, et un néandertalien arborant une superbe cape de plume et des peintures de chasse.

La cape de plume, vous vous en souvenez peut-être, dérive des découvertes faites dernièrement dans les grottes de Gorham et Vanguard (Gibraltar) et Fumane (Italie du nord), laissant penser que les néandertaliens utilisaient peut-être de longues plumes de rapaces et de vautours, pour un usage probablement "symbolique" (clic). D'où l'idée de cette cape de plume, reconstituée ici par ce facétieux paléontologue anglais (Clive Finlayson), et dont je me suis inspiré.

Pour les peintures de chasse, l’usage de "crayons" d’oxyde de manganèse est connu depuis quelque temps déjà pour les néandertaliens, sur des supports souples comme la peau, par exemple. (je vous renvoie au tome 2 de ma BD Neandertal ;) ) Le motif en zigzag, attesté au moustérien notamment sur un os gravé en Bulgarie, symbole quasi universel de la foudre, m'a paru bien convenir pour des peintures de chasse...



Je vous encourage à aller jeter un coup d’œil sur la bande annonce du documentaire SYMBIOSE, qui s'annonce passionnant. J'avais déjà dit l'an passé tout le bien que je pensais d'un des précédents documentaires de Rob Hope, Les montagnes néolithiques


dimanche 29 juillet 2012

Des films et des grottes

Pfiou. Eh bien voilà un mois de juillet fort chargé qui vient de s'écouler ! Je dis s'écouler, mais le terme le plus approprié, ce serait, encore et toujours : "filer en coup de vent", tant la sensation qu'il m'en reste, c'est que je n'ai pas trouvé le temps de faire le quart de ce que j'aurais souhaité. Tant pis. Avançons à pas menus, mais avançons tout de même.
Et pourtant, ce mois de juillet fut riche en découvertes.



Avec pour commencer, cet extraordinaire festival du film de préhistoire de Pech Merle, Objectif Préhistoire, qui s'est déroulé au début du mois sur le site de la célèbre grotte ornée (non, pas dedans, tout de même). Je ne sais pas si la réussite de cette manifestation a tenu à l'atmosphère spéciale qui entoure cette colline magique du Pech Merle. Je crois surtout qu'elle a tenu à la très grande qualité de l'organisation du festival, qui a laissé pantois pour une première mouture. Il y a des fois comme ça où on sent quand on participe à un truc historique, vous voyez. Eh ben là, ce festival, c'était clairement THE place to be en ce début d'été.


D'ailleurs il y avait plein de monde. Pas mal de gens déjà connus, mais aussi d'autres que j'ai rencontré avec grand plaisir. Le festival a duré quatre jours, extrêmement denses, avec projections du matin au soir entrecoupées de repas conviviaux, de dédicaces méga speed, de pauses-clopes bla-bla, de soirées cool jusqu'à (très) tard dans la nuit avec vidage de verres (modéré), débats de fonds sur la préhistoire, la recherche, la création, l'univers et le reste, racontage de vie, et tutti quanti. Je ne peux pas saluer tout le monde nominalement, mais si vous y étiez et que vous lisez ces lignes, sachez que je vous salue bien (ou vous embrasse si vous êtes une femme). Des photos sur la page facebook du festival et d'autres ici.

Grosse moisson de films super intéressants ! Moi qui n'ai plus la télé depuis des années, ça m'a donné l'occasion de voir notamment quelques excellents docus déjà diffusés que j'avais ratés, et surtout d'en voir d'autres en avant-première. Je ne vous redonne pas la liste des films projetés, il y en avait trop (26 je crois), mais voici le palmarès, après quoi je vous parlerai de mes coups de coeur :
Le Grand Prix du Jury a été attribué à "L'Homme de Florès ou le conte des derniers Hobbits" de Laurent Orluc. (Excellent)
Le Prix de la méditation scientifique a été attribué à "Les premiers européens" d'Axel Clévenot. (J'ai dormi)
Le Prix de l'approche originale a été attribué à "Le Messager de Lascaux" de Bernard Férié. (Magnifique)
Le Prix du Public a été attribué à "Grands maîtres de la préhistoire, le génie magdalénien" de Philippe Plailly et Pierre-François Gaudry. (Pas mal du tout)
Le Prix des enfants a été attribué à "Tadufeu" de M.Bellamy, C.Braconnot, F. Delfortrie, J.Jamme et O.Pierre. (Rigolo)
Deux mentions spéciales du jury ont été attribuées à :
"Les montagnes néolithiques" de Rob Hope et "Le dernier paysan préhistorien" de Sophie Cattoire.

Je n'ai pas pu voir absolument tous les films. Par exemple, j'ai raté Le dernier paysan préhistorien. Mais j'en ai quand même vu un bon nombre, alors voici ceux qui m'ont marqué.

Tout d'abord, Le messager de Lascaux, de Bernard Férié. C'est un film documentaire magnifique qui donne la parole à des artistes, des historiens, des philosophes, pour tenter de comprendre pourquoi Lascaux nous submerge d'une telle émotion, et quel peut être le message que nous transmet ce chef-d'oeuvre, par delà le temps. Mention spéciale aux interventions de Pierre Bergounioux, qui par leur sensibilité et leur intelligence forment un contrepoint dramaturgique parfait avec les bouffonnades de Ph. Sollers. A noter également, en fil rouge dans le film, le récit magnifiquement mis en image d'un des peintres de Lascaux, à l'époque préhistorique. A voir absoulment. 


Ensuite, j'ai beaucoup aimé aussi Les montagnes néolithiques, de Rob Hope. Un récit à la fois scientifique, lyrique et intime, qui nous emène sur les traces des colporteurs et des façonneurs de haches de jadéite polies, des montagnes du nord de l'Angleterre jusqu'aux Alpes et à l'Italie. Mention spéciale aux interventions de Pierre Pétrequin, sans nul doute autant conteur que chercheur. Je crois que le film est visible en intégralité sur le site de l'auteur, Robehopefilms.

L'homme de Florès ou le conte des derniers hobbits, j'en avais entendu parler en bien (par Florent Rivère, je crois), mais je ne l'avais pas vu. Ce docu est excellent. Limpide au niveau scientifique, il nous fait découvrir les travaux méticuleux des chercheurs, puis leur perplexité, jusqu'aux légendes et récits anciens des peuples de l'île, appelés en renfort pour tenter d'élucider le mystère de ce petit humanoïde oublié du temps.


Enfin, j'ai été très intéressé par le documentaire L'ADN, nos ancêtres et nous. Il est passé plusieurs fois sur Arte, je sais, mais je ne l'avais jamais vu. Vraiment très bien fait. A la fois bien rythmé, riche de nombreuses interventions de scientifiques de premier plan, et débouchant sur de vastes et passionnants débats. A noter d'amusants morphing de visages modernes en visages néandertaliens...

Voilà pour les films qui m'ont le plus marqué.

Mais à Pech Merle, comme vous le savez, il y aussi et surtout la grotte ornée ! Que je n'avais jamais vue. Autant vous dire que je n'ai pas laissé passer l'occasion et que je suis allé la visiter.
Très impressionnant. Et très étrange. Malgré une assez forte concentration en CO2 qui pèse légèrement sur la poitrine, cette grotte est merveilleusement accueillante. Du strict point de vue géologique, Il en émane une sensation d'intimité, de majesté et de douceur tout à fait particulière. Quant aux peintures, que dire ? La main négative et les chevaux ponctués sont tout simplement bouleversants.


Quelques jours plus tard, je suis allé visiter une autre grotte : celle d'Aldène, à quelques kilomètres de chez moi. Cette grotte ornée à l'époque aurignacienne va en effet me servir d'inspiration pour l'une des dernières scènes des aventures de Vo'hounâ. Rien à voir avec Pech Merle, pour le coup. Située dans les gorges de la Cesse, la grotte est immense et relativement austère, peuplée de chauves souris. La galerie ornée, toute petite, est simple et magnifique : on y trouve des lions, un mammouth, un ours, un rhinocéros, un cheval... l'essentiel du bestiaire aurignacien est là, gravé avec adresse, mêlé à des griffades d'ours. Il y a de quoi rêver et réfléchir...


Les connaisseurs l'auront remarqué : les illustrations ci-dessus des chevaux ponctués de Pech Merle et du lion d'Aldène sont signées Éric Le Brun. Pour voir ma version du lion d'Aldène, il faudra attendre la sortie de l'intégrale Vo'hounâ.

Comme je ne pense pas que je trouverai le temps de revenir au clavier d'ici là, sachez que je serai présent lors du 2ème salon du livre de préhistoire de la Chapelle-aux-Saints le 4 et 5 août prochains (avec Éric le Brun notamment, mais aussi plein d'autres dessinateurs, chercheurs et auteurs, dont Marc Guillaumie, qui m'épaule précieusement dans mon adaptation de La Guerre du Feu), et, dans la foulée, le 9 août au 4ème festival de la BD préhistorique du Paloésite de Saint Césaire.
A bientôt !

vendredi 29 juin 2012

Vo'hounâ et le festival du film de préhistoire de Pech Merle

héhé ! Non-non, Vo'hounâ n'a pas été adapté au cinéma, rassurez-vous ! C'est juste que je voulais faire des posts séparés mais pfiou... le temps a filé à la vitesse du Millenium Falcon en hyperespace et je me retrouve ici un bon mois après mon dernier post, me demandant comment c'est possible.

En même temps, c'est pas trop difficile à deviner : boulot à plein régime sur Vo'hounâ et à bon rythme sur le scénario du tome 2 de La Guerre du feu et je ne vois pas le jour...


Seule petite pause dans ce mois de juillet studieux où je ne quitterai mon bureau que rarement, je suis très content d'être invité au premier festival du film de préhistoire de Pech Merle : Objectif Préhistoire, (ICI leur page facebook).

Celui-ci va se dérouler les 5, 6 et 7 juillet (la semaine prochaine, en somme). Le programme, consultable ICI, est bourré à craquer de films plus alléchants les uns que les autres, dont je compte bien voir la majeure partie.

Mais pas tous, car je suis invité quand même pour dédicacer, faut pas déconner. Un peu tous les jours, j'imagine, même si je ne crois pas avoir déjà les horaires exacts.

En tous cas, si vous êtes de passage dans la région, ou originaire du coin (le Lot); si en plus de voir des films et mes gribouillis sur vos pages de garde, vous voulez voir les vrais magnifiques dessins de la grotte de Pech Merle, alors ne ratez pas ce rendez-vous et venez nombreux le week-end du 5 au 7.

(j'aurai avec moi mon dossier complet du tome 1 de la Guerre du feu en noir et blanc. Je dis ça pour les impatients et les curieux.)

Alors, à propos de Vo'hounâ, où en est-on ?
Comme je n'ai pas du tout eu le temps de scanner des planches encrées, je ne peux rien vous montrer de propre, mais toujours est-il que le boulot avance vite et bien : le 4ème chapitre est déjà bouclé aux deux-tiers et le rythme va aller encore en s'accélérant. Je vais essayer quand même de vous poster des images très bientôt. Je dois scanner des crayonnées prochainement pour calibrer les bulles, ce sera l'occasion. D'ici là, je vous montre quand même une photo prise à l'arrachée d'une double page qui ne dévoile pas trop grand chose de l'intrigue. En plus c'est pas mal parce qu'avec le flash on voit bien les reprises au Tip-ex.



Et le livre de Vo'hounâ ?
Comme je l'avais - il me semble - laissé entendre dans un récent commentaire, l'intégrale Vo'hounâ va finalement se faire avec un éditeur prestigieux, puisqu'il s'agit ni plus ni moins des éditions Errances, filiale (?) d'Actes Sud consacrée à l'archéologie. C'est une excellente nouvelle pour moi, qui dois avoir dans ma bibliothèque au moins autant de livre de chez Errance que de BD de chez Delcourt. Si je trouve deux minutes, je vous présenterai quelques livres de chez Errance qui viennent de sortir et qui valent super le coup.

L'intégrale Vo'hounâ est prévue pour janvier 2013.
Malgré toute la bonne volonté de part et d'autre, tenter de sortir avant les fêtes de fin d'année est juste impossible. Mais ce n'est pas pour autant que je traîne, car voyez le chantier : en plus de finir le chapitre 4 (dont j'ai encore repris le scénario hier soir, c'est encore meilleur !), et de rédiger le dossier making of qui va venir en fin d'album, je reprends TOUT le texte des 3 premiers chapitres pour l'alléger et le mettre à jour, avec l'expérience dont je bénéficie aujourd'hui, et avec une typographie nouvelle (celle utilisée pour La Guerre du feu), plus lisible compte tenu du format final de l'album (un peu plus petit que A4). Et pour faire bonne mesure je reprends aussi certaines planches des premiers album, pour retoucher quelques détails ou pour m'assurer qu'elles fonctionneront idéalement en noir et blanc.
Oui, car, comme vous ne le savez peut-être pas encore, cette intégrale va sortir en noir et blanc*, ce dont je suis très heureux. On y trouvera néanmoins une pointe de couleur : l'ocre rouge (le sang d'Ao), cher a nos lointains ancêtres, qui ne pouvait pas manquer à cette édition ultime ! ;)

Voilà. Donc les 208 pages de cette intégrale, même pour ceux qui connaissent déjà la série, apporteront de nombreuses nouveautés pour tout le monde, et c'est tant mieux.


*sauf la couv, bien sûr

mercredi 9 juin 2010

Ao le film, Ao la trilogie


Excellent, ce dernier week-end passé à Montignac pour la célébration des 70 ans de la découverte de Lascaux ! Beaucoup de beau monde et beaucoup de visiteurs, un régal. J'en profite pour saluer ici tous les auteurs, chercheurs, médiateurs, réalisateurs, professeurs retrouvés ou rencontrés à cette occasion. C'était un vrai plaisir.

Moment important : j'ai eu le privilège de voir en avant-première le film de Jacques Malaterre Ao le dernier Neandertal. Bien sûr, j'étais un peu inquiet, comme pour toutes les adaptations ciné de romans qu'on a beaucoup aimé. Eh bien là, je n'ai pas été déçu, loin s'en faut ! J'ai trouvé ce film vraiment admirable, plein d'action et surtout d'émotion, servi par des acteurs remarquables. Vous me direz peut-être que je suis partial, puisque je suis passionné par Neandertal. Tout au contraire : je suis d'autant plus difficile à satisfaire que je suis féru du sujet. Oui, la trame dramatique du film s'éloigne pas mal de celle du roman, mais l'essentiel est là et bien là : un propos fort et limpide sur l'homme de Neandertal et par delà, sur l'humanité toute entière. Comme le film ne sort en salles que le 29 septembre, je ne rentrerai pas dans une critique détaillée pour le moment, j'y reviendrai dans un futur post un peu avant la sortie officielle. Mais je peux affirmer que, pour ce qui est de l'image de l'homme de Neandertal aux yeux du grand public, il y aura clairement un avant et un après Ao. Et je ne peux que vous inciter, si vous en avez la possibilité, à vous rendre à l'une des nombreuses avant-premières qui se tiendront partout en France tout au long de l'été.

En tous cas, d'ici le 29 septembre, vous allez avoir tout le temps de lire la magnifique trilogie de Marc Klapczynski sur l'odyssée des derniers Neandertal, dont Ao l'homme ancien, qui a inspiré le film, est le premier volet. Si vous ne connaissez pas cette série de romans, vous pouvez la découvrir en visitant le site web flambant neuf qui vient d'être mis en ligne ICI, où vous trouverez des petits topo très bien faits sur chaque roman avec des extraits lus et illustrés en musique. La lectrice n'est d'ailleurs nulle autre que Claire Troilo, auteure de l'album jeunesse Ao le petit Neandertal dont on reparlera aussi prochainement.

Cerise sur le gâteau, je viens de boucler une série d'illustrations pour la version jeunesse du roman Ao, qui sortira aux éditions Aubéron à la rentrée. L'image ci-dessus et celle ci-dessous en sont les deux premiers extraits que je vous fais découvrir. Il y en aura d'autres !

Bonne visite !

dimanche 23 mai 2010

Entretien avec Marc Klapczynski

à propos de la sortie prochaine du film Ao le dernier neandertal, inspiré de son roman Ao l'homme ancien (ed Aubéron).

Marc est un excellent ami depuis plusieurs années, dont la sensibilité sur le sujet de nos ancêtres préhistoriques est très proche de la mienne, et c'est donc avec grande impatience que j'attends de pouvoir me rendre au spectacle du film tiré de son premier roman*. Un vrai grand film sur Neandertal, quelle nouvelle exaltante ! Bien sûr, Marc a vu le film en avant première et donc, comme je suis très curieux et inquiet du résultat, je lui ai posé plein de questions sur ses sentiments à propos de l'adaptation de son roman.

On a eu l'idée de faire de cette discussion une petite interview pour vous faire partager l'avis de Marc sur ce film événement qui sortira à la rentrée dans toute la France mais dont une grande tournée d'avant premières démarre ces jours-ci (voir le détail de la tournée ICI)

Bien entendu, si vous souhaitez réagir à ces propos, n'hésitez pas à laisser des commentaires, Marc ou moi même vous répondrons avec plaisir.

Bonne lecture

*
On reparlera sans doute bientôt de son troisième d'ailleurs (qui conclut la trilogie des derniers néandertaliens) dont je pense le plus grand bien (voir ce post de février dernier)

Interview de Marc Klapczynski.
L’avis de l’auteur sur le film AO LE DERNIER NEANDERTAL adapté de son roman.

E.R. : Comment est né le projet d’adaptation de ton roman ?

M.K. : Ao, le livre, est paru en 2003, et si j’ai bonne mémoire, Jacques m’a contacté vers la fin de l’année. Il avait lu le livre d’une traite et il était très enthousiaste. Il voulait qu’on se voit rapidement. On s’est rencontré à Paris, début 2004. Je me souviens qu’il s’impatientait parce que la cession des droits d’adaptation traînait un peu trop à son goût ! Finalement, le film aura mis six ans à se réaliser, mais pendant tout ce temps, Jacques n’a jamais cessé d’être impatienté ! Je rends hommage à la formidable ténacité et à la force de conviction qu’il a déployées pour parvenir à ses fins. J’ai suivi les péripéties, les périodes de doute, de déception, je peux en témoigner !

E.R. : Six ans… Et durant ce temps est-ce que tu as souhaité donner ton avis à propos des décors, des costumes ? Est-ce qu’à un moment donné tu as participé à l’écriture du scénario ?

M.K. : Non. J’aurais sans doute pu imposer ma participation mais j’ai senti les réticences de Jacques. J’ai compris qu’il craignait qu’on n’arrive pas à s’entendre et que le projet s’enlise, d’autant que je n’avais aucune expérience dans l’écriture d’un scénario. On ne se connaissait pas encore assez. Avec en plus les aléas et les difficultés qu’il a dû surmonter, il aurait peut-être fini par renoncer.
Par contre, je crois que c’était important pour lui que je le soutienne. Il tenait compte de mes remarques et de mes suggestions. La présence de l’ours blanc et d’un enfant hybride, par exemple, je n’y suis pas pour rien.

E.R. : Haaa… L’affaire de l’ours blanc ! Raconte-nous un peu parce qu’il y a peut-être des gens qui vont croire qu’il y avait des ours polaires sur la côte d’azur ou que les néandertaliens vivaient sur la banquise !

M.K. :
L’affaire de l’ours blanc ! A mon avis, on en entendra encore parler !
Non, les hommes de cette époque ne chassaient pas l’ours blanc ! Il s’agit d’une rencontre exceptionnelle, tout à fait improbable, dans le cadre d’un roman et d’un film. Les ours blancs existent depuis au moins 500 000 ans ! Comme ils le font encore aujourd’hui, ils fréquentaient sans doute les banquises du nord de l’Europe et de Sibérie. Occasionnellement, il leur arrive de s’enfoncer dans les terres derrière un renne ou un bœuf musqué. A l’époque, les hommes ne vivent pas dans ces régions où ils ne parviendront à se maintenir durablement que 20 000 ans plus tard. C’est bien pourquoi personne n’a jamais vu d’ours blanc. Je vais te faire une confidence : Ao est le seul à en avoir rencontré un !

E.R. : Merci pour la confidence ! Ce que j’ai ressenti en lisant ton roman, c’est que c’est justement parce que cette rencontre, l’élément déclencheur de l’histoire, est extraordinaire, presque fantastique, que se fonde le caractère légendaire de Ao « l’homme ours ». J’espère que ce sera bien perceptible dans le film. Alors, justement, après l’avoir vu, quel est ton avis sur le film ?

M.K. : Je pense qu’il fallait beaucoup de courage pour faire ce film. En l’absence de repères et de précédent, il a fallu innover, inventer, éviter autant que possible les pièges et les clichés, essayer de donner aux personnages et aux situations de la crédibilité tout en conservant suffisamment de visibilité pour un spectateur non averti. L’exercice était périlleux.
Au final, ça donne un film envoûtant, un conte initiatique qui peut toucher tous les publics. Le réalisme des scènes, conjugué à une approche poétique et idéalisée du rapport à la nature en font un film atypique, porté par un couple d’acteurs attachants, habités par leur rôle. Il y a beaucoup d’énergie dans ce film. Les reconstitutions sont particulièrement soignées. L’émotion affleure tout du long. Jacques a réussi la prouesse de faire un film tout à la fois spectaculaire et intime, dans un contexte préhistorique saisissant.
Je ne veux rien dévoiler mais je peux dire qu’on en prend plein les yeux !
Certains trouveront peut-être le propos trop idéaliste ou trop appuyé, d’autres s’attacheront à relever les quelques anachronismes et approximations, mais je suis convaincu que la plupart des spectateurs se laisseront emporter par Ao et Aki dans ce conte préhistorique, à travers de magnifiques paysages européens. Avec une jolie bande son.

E.R. : Tu m’as tout l’air d’être très heureux de la manière avec laquelle ton roman a été porté à l’écran ! L’adaptation est fidèle ?

M.K. :
Quand on s’est rencontré pour la première fois, il y a plus de six ans déjà, Jacques m’a affirmé qu’il tenait à réaliser une adaptation très fidèle de mon roman et je sais qu’il était sincère. Mais au fur et à mesure des nombreuses écritures et réécritures du scénario, il s’est rendu compte de la difficulté à porter certains aspects du roman à l’écran, notamment toute la partie psychologique, l’évolution de la relation entre Ao et Aki, difficulté liée à la subtilité des échanges et des situations, compliquées à mettre en images et à transposer efficacement dans un film avec des dialogues réduits.
On retrouve les situations fondatrices, le combat avec l’ours, Ao et Aki bien sûr, le rapport à l’enfant, la quête spirituelle du héros qui cherche sa place dans un monde en pleine mutation, le côté conte initiatique, western préhistorique, l’approche humaniste… Le roman constitue le matériau dans lequel a été façonné le film. Mais si la filiation est évidente, au final la composition est originale. Il y a des scènes revisitées, des inspirations et des extrapolations qui en font aussi une œuvre personnelle. Le roman et le film ont chacun leur propre cohérence.
Jacques a dû faire pas mal de concessions et se battre pour défendre son projet. Mais aujourd’hui, je sais qu’il est satisfait. Dans la mesure où je lui ai permis de faire le film qu’il rêvait de réaliser et que c’est un beau film, je ne vais pas cacher ma joie ! Il y avait d’abord Ao, un roman. Maintenant il y a une trilogie et un film. Je viens de finir une version pour la jeunesse d’Ao qui me tenait à cœur. Il y a aussi un très joli album, un texte poétique, magnifiquement illustré par un certain Emmanuel Roudier… Il y a tes bd. La préhistoire et Neandertal sont à l’honneur. Et chaque œuvre y contribue à sa manière. Dans le contexte actuel, la disparition de cet homme ne peut que nous interpeller.
Neandertal me fascine depuis l’enfance. Comme toi, comme Jacques, je suis fier d’avoir contribué à sa réhabilitation et à l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui. Lorsque Ao, le livre, est paru, il y a sept ans, l’hypothèse de croisements entre Neandertal et Cro-magnon était considéré comme fantaisiste. Aujourd’hui, on découvre que cet homme nous a transmis une petite part de son patrimoine génétique avant de disparaître… Dans son film, Jacques a pris le relais avec toute son énergie et sa conviction. Contre certains avis, il a osé me suivre dans mes intuitions. En fait, il était déjà prêt. Il attendait juste de lire tout ça quelque part !
Au final, Jacques a réalisé le film qu’il voyait en lisant le roman. C’est sa vision qu’il a mis en image en suivant l’orientation vers laquelle l’entraînait sa propre sensibilité.

E.R. : Tu peux préciser un peu ?

M.K. :
Un film est forcément un raccourci avec un côté un peu caricatural. Avec moins de deux heures pour raconter une histoire, on doit choisir une orientation qui va donner du souffle aux images. Il ne faut pas oublier non plus qu’Ao n’est que le premier volet de ma trilogie. Avec un millier de pages, on peut se permettre d’affiner et de nuancer.
Au-delà de la reconnaissance de la pleine humanité de Neandertal que je défends, et qu’on retrouve parfaitement dans le film, le « pacifisme » de cet homme, éventuellement considéré comme «trait caractéristique de l’espèce», serait une extrapolation.
Dans mes romans, les hommes de Neandertal ne sont en général ni plus pacifiques ni plus belliqueux que les hommes de Cro-magnon. Ils sont simplement humains. Ce sont de formidables chasseurs, les premiers à avoir réussi à se maintenir en Europe pendant une période de glaciation. Ce sont eux qui ont essayé le plus de sortes de pierres différentes. Pendant près de cent mille ans, ils sont restés les maîtres de la toundra. Je suis convaincu que la rencontre entre ces deux humanités a contribué aux évolutions culturelles qui caractérisent cette période. C’est l’approche que je défends dans mes romans, à l’encontre du préjugé d’un homme de Cro-Magnon conquérant et novateur qui débarquerait en Europe avec sa panoplie d’artiste pariétal et ses nouvelles techniques dans ses bagages.
Vouloir considérer l’homme de Neandertal comme le représentant d’un groupe prédéterminé culturellement, au comportement stéréotypé, me semblerait réducteur. On ne peut pas en même temps prétendre à sa pleine humanité et nier sa diversité. La diversité comportementale est précisément une des caractéristiques de l’humanité. Il ne faut pas perdre à l’esprit que parler de l’homme de Neandertal, c’est parler d’une espèce ou au moins d’une sous-espèce, non d’un peuple, d’une ethnie ou même d’une race. Entre un Néandertalien du Moyen orient, des plaines et des plateaux d’Europe centrale ou du sud de l’Espagne, il y avait forcément des différences culturelles très importantes. Certains étaient sans doute plus pacifiques que d’autres, y compris à l’intérieur des groupes, en tant qu’individus. Voilà la seule certitude.
Dans les cultures des peuples de chasseurs cueilleurs et d’autres, prendre la vie n’est pas un acte anodin. Le rapport à la mort est complexe et ritualisé. C’est ce qu’on retrouve dans mes romans. Certains clans répugnent à prendre la vie de leurs semblables car ils craignent le ressentiment du mort et de sa famille, d’autres au contraire, y puisent un surcroît de pouvoir.
Dans le film, Ao est résolument pacifique. Mais en définitive, cette approche ne trahit pas l’esprit du roman. Ao et Aki appartiennent à cette catégorie d’hommes et de femmes qui font tomber les murs et avancer l’humanité.

E.R. :
Merci Marc.

samedi 4 juillet 2009

Excalibur


On m'a plusieurs fois fait la remarque suivante : vos hommes préhistoriques causent et se comportent comme des gentilshommes du moyen âge; ou encore : vos récits de quête sont semblables à des récits de chevalerie transposés au paléolithique. Rien de tout cela n'est tout à fait faux, et je vais vous dire pourquoi :

Il y a des âges, comme ça, où le cerveau est très impressionnable. A 10 ans, j'ai vu coup sur coup (ou en tous cas c'est ainsi que je m'en souviens) deux films qui ont marqué très profondément mon imaginaire et dont les fortes images et thématiques se sont amalgamées dans les replis de mon subconscient : La Guerre du Feu (de JJ. Annaud) et Excalibur (de J. Boorman). Films vus avec mes parents dans les mêmes conditions, au même cinéma du forum des halles que l'on atteignait en passant devant la grande fresque de Moretti sur l'évolution. Ne cherchez pas plus loin les raisons du fait que je mélange geste arthurienne et quête préhistorique : tout est là.
Bien sûr, j'en ai vu d'autres, des films, en 81. Mais ces deux là sont à mon avis des chefs-d'oeuvre d'une force hors du commun. Tous deux sont des oeuvres authentiques de re-création par un réalisateur (et leur scénariste et directeur photos et acteurs etc..) d'ouvrages très connus de notre fond culturel, et tous deux prennent de grandes libertés avec les textes originaux : Bien que l'on retrouve nombre des péripéties du roman dans le film la Guerre du feu, Annaud remanie l'histoire en lui donnant un tour neuf et moderne, malgré d'affreuses approximations scientifiques. De même pour Excalibur, Boorman synthétise nombre d'éléments des récits originaux à sa manière et il s'en trouve encore sans doute pour vociférer que d'avoir mélangé les personnages de Viviane et Morgane en une seule femme est une hérésie. Aaarh... Pour autant, ces deux films possèdent un souffle épique, un lyrisme, une originalité qui les rendent époustouflants. Il y a aussi des acteurs inspirés : Nigel Terry en Arthur ou Everett McGill en Naoh... Pensez que presque toutes les scènes dans la Guerre du Feu ont été saisies avec une seule prise, à cause de la précarité des maquillage et de la rudesse des sites de tournage (les marécages glacés d'Écosse par exemple) !

Alors voilà : je sais bien que le film la Guerre du Feu a aussi fait beaucoup de tort à l'image des hommes du paléolithique. Annaud lui même, dans les commentaires de l'édition collector du film, s'emmêle un peu les bobines en appelant "néandertaliens" non pas les Oulhamr (les héros) mais les Wagaboos ! (les hommes-singes velus qui viennent voler le feu au début du film). C'est incroyable parce que justement, les maquillages de Naoh, Nam et Gaw sont superbes pour en faire des néandertaliens. Allez comprendre...Après, il y a des effets pervers : engager un excellent chorégraphe pour apprendre aux comédiens à aller chercher le singe primitif au fond de leurs tripes aurait pu être une bonne idée... pour raconter l'épopée d'australopithèques. Dans la Guerre du feu, la gestuelle des héros à juste trois millions d'années de retard. Et pourtant... alchimie sublime, mélange confus des époques et des ancêtres, la sauce prend avec une fraîcheur et une intensité qu'on ne peut que souhaiter pour l'adaptation de Ao. Et cette sauce a laissé dans ma mémoire un souvenir indélébile. Avec des accents, donc, de chevalerie arthurienne, de lueurs vertes scintillant sur les armures et les fougères, et de volutes de brume enchantée.

C'est pour ça que j'ai fait un bond quand des chercheurs espagnols ont remonté des tréfonds de la Sima de los Huesos un gros biface en quartzite rouge qu'ils ont dénommé "Excalibur". Je me suis dit alors que finalement, cette sauce où la science se mélange au merveilleux, où "l'homme sauvage" et le chevalier des récits médiévaux se fondent en une seule silhouette appelée ancêtre, création de notre imaginaire moderne sur l'humus de notre folklore, cette sauce avait manifestement bon goût pour beaucoup d'entre nous, y compris les scientifiques.

Je me souviens qu'il y a quelques mois, quand j'ai lu un article à propos de ce mystérieux biface "Excalibur", toute première offrande, peut-être, de notre histoire (en tous cas des heidelbergensis, les pré-neandertaliens), je me suis d'abord dit que j'étais fier d'être à 50% espagnol (forcément) et surtout, de nombreuses idées de récits ont bourgeonnées immédiatement dans mon esprit...