lundi 16 août 2010

Bal masqué au Paléosite

Salut à tous,

Pour sa deuxième édition, le festival de la BD de préhistoire du Paléosite a été une grande réussite, avec une fréquentation largement supérieure à celle de l'an passé. En plus de l'auguste présence de plein d'auteurs super, le fait qu'une grosse partie des décors du film AO soit désormais exposé dans le parc au fil d'un parcours ludique n'y est sans doute pas pour rien. OR, Les décors ne sont pas les seuls éléments qui se trouvent à présent au Paléosite : les costumes du film y sont aussi ! C'est comme ça que, sur une idée d'Eric le Brun et de Virginie Teilhol, nous nous sommes retrouvés le mercredi soir à faire les zozos en costumes préhistoriques. C'était un excellent moment qui nous laissera un souvenir durable, à coup sûr. Voici donc quelques photos pour rigoler un bon coup, avant de passer à des choses bien plus sérieuses !

EDIT : deux nouvelles photos dans le décor du camp neandertalien, envoyées par Antoine Balzeau !

de gauche à droite : Derrière: Olivier-Marc Nadel et ses enfants, Florent Rivère, Priscille Mahieu, Eric Le Brun, Marc Klapczynski, Claire Troilo. Devant : Votre serviteur, André Chéret et Antoine Balzeau



de gauche à droite : Eric le Brun, Olivier-Marc Nadel, Priscille Mahieu, André Chéret, Claire Troilo, Marc Klapczynski et Florent Rivère

Votre serviteur, Eric, Priscille et Florent

Moi, Florent, André Chéret et Marc Klapczynski ! On est pas mignons ?

Voilà ! Bon, il y a eu plein d'autres photos dans d'autres décors surement encore mieux mais je ne les ai pas encore, alors je changerai peut-être celles-ci dans quelques jours ou plus. A très bientôt !

mercredi 4 août 2010

Je l'ai en vrai


Salut à tous,

Cette année encore, la Fête de la Préhistoire à la Chapelle-aux-Saints a été une belle réussite et l'occasion de rencontres toujours aussi agréables et chaleureuses. On a juste eu un gros orage sur la tête une partie de la journée mais ça n'a pas suffi à obscurcir la bonne humeur ambiante.

Cette fête a été un moment privilégié parce que j'y ai dédicacé mes tous premiers exemplaires de Ao petit Neandertal en avant première, en compagnie de Claire Troilo, auteur(e) du texte de l'album et de Marc Klapczynski qui présentait la nouvelle édition de sa trilogie des derniers néandertals. Donc ça y est, les albums sont là, ils n'ont plus qu'à trouver leur chemin vers les librairies, qu'ils devraient normalement atteindre le 26 août prochain.

Salut donc à Claire, Marc, Jean-Marie, Roselyne, Christiane, Georges, Robert, Bernard et tous les autres et à très bientôt (et salut aussi, bien sûr, à Tinky & Mimi - je crois que vous avez eu les deux premières dédicaces publiques de l'album petit Ao ;) )

Notez que Claire, Marc et moi-même serons de nouveau réunis la semaine prochaine au Paléosite pour la deuxième édition du festival de la BD préhistorique (et de l'illus aussi). Il y aura entre autres Eric Le Brun et Priscille Mahieu, André et Chantal Chéret... Venez nombreux !


jeudi 22 juillet 2010

Ao, roman jeunesse


Quoi de neuf ?

Eh bien j'ai terminé les crayonnés de l'intégralité de l'album Neandertal 3 depuis quelques semaines. Je vous en montrerai bientôt des extraits (quand même !). Et donc je m'attaque en ce moment même à l'encrage de toute la seconde partie. Voilà une bonne chose.

Autre bonne chose : j'ai reçu il y a peu une copie (je ne sais pas si elle est définitive) de la couverture du roman jeunesse Ao le dernier neandertal, pour laquelle j'ai réalisée l'illustration. Je vous laisse y jeter un oeil. Et comme il faut une troisième bonne chose pour faire le compte, je vous rajoute deux illustrations parmi les vingt et une faites pour les entêtes de chapitre du roman. Le poignard d'os est la réplique presque exacte d'un modèle réalisé par Florent Rivère; quant à la figurine de cheval, les connaisseurs auront remarqué qu'elle s'inspire très directement de la merveilleuse statuette de Vogelherd.


Bon, ne vous précipitez pas encore en librairie, le roman jeunesse ne sortira que le 23 septembre !
A bientôt, en chair et en os pour ceux qui seront là à la Chapelle aux saints.

mardi 15 juin 2010

La Chapelle aux Saints


Il y a des sites qui sont véritablement emblématiques de l'histoire l'homme de Neandertal en France : La Chapelle aux Saints est l'un d'eux. Le néandertalien découvert sur le site de la Bouffia Bonneval situé sur la commune de La Chapelle aux saints à l'aube du XXème siècle est très important, parce qu'il a constitué l'un des tout premier témoignage de rites funéraires chez l'homme de Neandertal.
C'est pourquoi j'ai été très honoré que le Musée de l'homme de Neandertal me sollicite pour effectuer une nouvelle mise en image de "l'homme de la Chapelle aux Saints" tel qu'il a pu être inhumé, il y a quarante mille ans, par ceux de sa communauté. L'image que j'ai réalisée sous la direction de Thierry Bismuth et que vous pouvez voir ci-dessus constitue donc une représentation de cet homme de Neandertal des plus célèbres, un vieil homme édenté qui souffrait d'arthrite et de problèmes de hanche et de genou*.

Si vous voulez en savoir plus sur ce vénérable cousin qui, à près de soixante ans au moment de sa mort, devait être une véritable encyclopédie de la survie en milieu glaciaire et avait sans doute dû se colleter avec un grand nombre de bisons et rennes, je vous signale que le musée de l'Homme de Neandertal a lifté en beauté son site internet. Vous pouvez aller visiter la nouvelle version du site ICI ou retourner le voir pour constater le changement ! C'est du beau travail.
Il y a aussi sur le site Hominidés.com une page très bien faite sur ce sujet, .

j'ajoute que cet été se tiendra une nouvelle "Fête de la préhistoire" sur le site de la Bouffia Bonneval du 31 juillet au 3 août et que je serai présent le 31 et le 1er pour une expo de planches originales et une séance de dédicaces. Vous pouvez télécharger le programme ICI.


*Juste pour mémoire, vous pouvez jeter un coup d'oeil sur l'image de notre brave "Homme de la Chapelle aux Saints" qui avait été peinte par Kupka d'après les travaux de Marcelin Boule en 1908. Clic. C'est bon quand même de voir le chemin qui a été parcouru depuis le temps.

mercredi 9 juin 2010

Ao le film, Ao la trilogie


Excellent, ce dernier week-end passé à Montignac pour la célébration des 70 ans de la découverte de Lascaux ! Beaucoup de beau monde et beaucoup de visiteurs, un régal. J'en profite pour saluer ici tous les auteurs, chercheurs, médiateurs, réalisateurs, professeurs retrouvés ou rencontrés à cette occasion. C'était un vrai plaisir.

Moment important : j'ai eu le privilège de voir en avant-première le film de Jacques Malaterre Ao le dernier Neandertal. Bien sûr, j'étais un peu inquiet, comme pour toutes les adaptations ciné de romans qu'on a beaucoup aimé. Eh bien là, je n'ai pas été déçu, loin s'en faut ! J'ai trouvé ce film vraiment admirable, plein d'action et surtout d'émotion, servi par des acteurs remarquables. Vous me direz peut-être que je suis partial, puisque je suis passionné par Neandertal. Tout au contraire : je suis d'autant plus difficile à satisfaire que je suis féru du sujet. Oui, la trame dramatique du film s'éloigne pas mal de celle du roman, mais l'essentiel est là et bien là : un propos fort et limpide sur l'homme de Neandertal et par delà, sur l'humanité toute entière. Comme le film ne sort en salles que le 29 septembre, je ne rentrerai pas dans une critique détaillée pour le moment, j'y reviendrai dans un futur post un peu avant la sortie officielle. Mais je peux affirmer que, pour ce qui est de l'image de l'homme de Neandertal aux yeux du grand public, il y aura clairement un avant et un après Ao. Et je ne peux que vous inciter, si vous en avez la possibilité, à vous rendre à l'une des nombreuses avant-premières qui se tiendront partout en France tout au long de l'été.

En tous cas, d'ici le 29 septembre, vous allez avoir tout le temps de lire la magnifique trilogie de Marc Klapczynski sur l'odyssée des derniers Neandertal, dont Ao l'homme ancien, qui a inspiré le film, est le premier volet. Si vous ne connaissez pas cette série de romans, vous pouvez la découvrir en visitant le site web flambant neuf qui vient d'être mis en ligne ICI, où vous trouverez des petits topo très bien faits sur chaque roman avec des extraits lus et illustrés en musique. La lectrice n'est d'ailleurs nulle autre que Claire Troilo, auteure de l'album jeunesse Ao le petit Neandertal dont on reparlera aussi prochainement.

Cerise sur le gâteau, je viens de boucler une série d'illustrations pour la version jeunesse du roman Ao, qui sortira aux éditions Aubéron à la rentrée. L'image ci-dessus et celle ci-dessous en sont les deux premiers extraits que je vous fais découvrir. Il y en aura d'autres !

Bonne visite !

mardi 1 juin 2010

Célébration Lascaux : 70 ans !


Comme vous l'aviez peut-être lu sur la colonne de droite, je serai présent ce week-end à Montignac pour fêter comme il se doit les 70 ans de la découverte de la grotte de Lascaux en présence de deux des inventeurs de la grotte, Simon Coencas et Georges Agnel.

Un beau programme en perspective, avec plein d'intervenants prestigieux du monde de la fiction préhistorique et de la recherche.
Je vous laisse découvrir le programme ICI

Notez que ce week-end à Montignac figure sur le parcours des avant-premières de Ao et que les visiteurs auront donc l'occasion de voir le film, en présence de M. Klapczynski et de J. Malaterre.

A très bientôt

dimanche 23 mai 2010

Entretien avec Marc Klapczynski

à propos de la sortie prochaine du film Ao le dernier neandertal, inspiré de son roman Ao l'homme ancien (ed Aubéron).

Marc est un excellent ami depuis plusieurs années, dont la sensibilité sur le sujet de nos ancêtres préhistoriques est très proche de la mienne, et c'est donc avec grande impatience que j'attends de pouvoir me rendre au spectacle du film tiré de son premier roman*. Un vrai grand film sur Neandertal, quelle nouvelle exaltante ! Bien sûr, Marc a vu le film en avant première et donc, comme je suis très curieux et inquiet du résultat, je lui ai posé plein de questions sur ses sentiments à propos de l'adaptation de son roman.

On a eu l'idée de faire de cette discussion une petite interview pour vous faire partager l'avis de Marc sur ce film événement qui sortira à la rentrée dans toute la France mais dont une grande tournée d'avant premières démarre ces jours-ci (voir le détail de la tournée ICI)

Bien entendu, si vous souhaitez réagir à ces propos, n'hésitez pas à laisser des commentaires, Marc ou moi même vous répondrons avec plaisir.

Bonne lecture

*
On reparlera sans doute bientôt de son troisième d'ailleurs (qui conclut la trilogie des derniers néandertaliens) dont je pense le plus grand bien (voir ce post de février dernier)

Interview de Marc Klapczynski.
L’avis de l’auteur sur le film AO LE DERNIER NEANDERTAL adapté de son roman.

E.R. : Comment est né le projet d’adaptation de ton roman ?

M.K. : Ao, le livre, est paru en 2003, et si j’ai bonne mémoire, Jacques m’a contacté vers la fin de l’année. Il avait lu le livre d’une traite et il était très enthousiaste. Il voulait qu’on se voit rapidement. On s’est rencontré à Paris, début 2004. Je me souviens qu’il s’impatientait parce que la cession des droits d’adaptation traînait un peu trop à son goût ! Finalement, le film aura mis six ans à se réaliser, mais pendant tout ce temps, Jacques n’a jamais cessé d’être impatienté ! Je rends hommage à la formidable ténacité et à la force de conviction qu’il a déployées pour parvenir à ses fins. J’ai suivi les péripéties, les périodes de doute, de déception, je peux en témoigner !

E.R. : Six ans… Et durant ce temps est-ce que tu as souhaité donner ton avis à propos des décors, des costumes ? Est-ce qu’à un moment donné tu as participé à l’écriture du scénario ?

M.K. : Non. J’aurais sans doute pu imposer ma participation mais j’ai senti les réticences de Jacques. J’ai compris qu’il craignait qu’on n’arrive pas à s’entendre et que le projet s’enlise, d’autant que je n’avais aucune expérience dans l’écriture d’un scénario. On ne se connaissait pas encore assez. Avec en plus les aléas et les difficultés qu’il a dû surmonter, il aurait peut-être fini par renoncer.
Par contre, je crois que c’était important pour lui que je le soutienne. Il tenait compte de mes remarques et de mes suggestions. La présence de l’ours blanc et d’un enfant hybride, par exemple, je n’y suis pas pour rien.

E.R. : Haaa… L’affaire de l’ours blanc ! Raconte-nous un peu parce qu’il y a peut-être des gens qui vont croire qu’il y avait des ours polaires sur la côte d’azur ou que les néandertaliens vivaient sur la banquise !

M.K. :
L’affaire de l’ours blanc ! A mon avis, on en entendra encore parler !
Non, les hommes de cette époque ne chassaient pas l’ours blanc ! Il s’agit d’une rencontre exceptionnelle, tout à fait improbable, dans le cadre d’un roman et d’un film. Les ours blancs existent depuis au moins 500 000 ans ! Comme ils le font encore aujourd’hui, ils fréquentaient sans doute les banquises du nord de l’Europe et de Sibérie. Occasionnellement, il leur arrive de s’enfoncer dans les terres derrière un renne ou un bœuf musqué. A l’époque, les hommes ne vivent pas dans ces régions où ils ne parviendront à se maintenir durablement que 20 000 ans plus tard. C’est bien pourquoi personne n’a jamais vu d’ours blanc. Je vais te faire une confidence : Ao est le seul à en avoir rencontré un !

E.R. : Merci pour la confidence ! Ce que j’ai ressenti en lisant ton roman, c’est que c’est justement parce que cette rencontre, l’élément déclencheur de l’histoire, est extraordinaire, presque fantastique, que se fonde le caractère légendaire de Ao « l’homme ours ». J’espère que ce sera bien perceptible dans le film. Alors, justement, après l’avoir vu, quel est ton avis sur le film ?

M.K. : Je pense qu’il fallait beaucoup de courage pour faire ce film. En l’absence de repères et de précédent, il a fallu innover, inventer, éviter autant que possible les pièges et les clichés, essayer de donner aux personnages et aux situations de la crédibilité tout en conservant suffisamment de visibilité pour un spectateur non averti. L’exercice était périlleux.
Au final, ça donne un film envoûtant, un conte initiatique qui peut toucher tous les publics. Le réalisme des scènes, conjugué à une approche poétique et idéalisée du rapport à la nature en font un film atypique, porté par un couple d’acteurs attachants, habités par leur rôle. Il y a beaucoup d’énergie dans ce film. Les reconstitutions sont particulièrement soignées. L’émotion affleure tout du long. Jacques a réussi la prouesse de faire un film tout à la fois spectaculaire et intime, dans un contexte préhistorique saisissant.
Je ne veux rien dévoiler mais je peux dire qu’on en prend plein les yeux !
Certains trouveront peut-être le propos trop idéaliste ou trop appuyé, d’autres s’attacheront à relever les quelques anachronismes et approximations, mais je suis convaincu que la plupart des spectateurs se laisseront emporter par Ao et Aki dans ce conte préhistorique, à travers de magnifiques paysages européens. Avec une jolie bande son.

E.R. : Tu m’as tout l’air d’être très heureux de la manière avec laquelle ton roman a été porté à l’écran ! L’adaptation est fidèle ?

M.K. :
Quand on s’est rencontré pour la première fois, il y a plus de six ans déjà, Jacques m’a affirmé qu’il tenait à réaliser une adaptation très fidèle de mon roman et je sais qu’il était sincère. Mais au fur et à mesure des nombreuses écritures et réécritures du scénario, il s’est rendu compte de la difficulté à porter certains aspects du roman à l’écran, notamment toute la partie psychologique, l’évolution de la relation entre Ao et Aki, difficulté liée à la subtilité des échanges et des situations, compliquées à mettre en images et à transposer efficacement dans un film avec des dialogues réduits.
On retrouve les situations fondatrices, le combat avec l’ours, Ao et Aki bien sûr, le rapport à l’enfant, la quête spirituelle du héros qui cherche sa place dans un monde en pleine mutation, le côté conte initiatique, western préhistorique, l’approche humaniste… Le roman constitue le matériau dans lequel a été façonné le film. Mais si la filiation est évidente, au final la composition est originale. Il y a des scènes revisitées, des inspirations et des extrapolations qui en font aussi une œuvre personnelle. Le roman et le film ont chacun leur propre cohérence.
Jacques a dû faire pas mal de concessions et se battre pour défendre son projet. Mais aujourd’hui, je sais qu’il est satisfait. Dans la mesure où je lui ai permis de faire le film qu’il rêvait de réaliser et que c’est un beau film, je ne vais pas cacher ma joie ! Il y avait d’abord Ao, un roman. Maintenant il y a une trilogie et un film. Je viens de finir une version pour la jeunesse d’Ao qui me tenait à cœur. Il y a aussi un très joli album, un texte poétique, magnifiquement illustré par un certain Emmanuel Roudier… Il y a tes bd. La préhistoire et Neandertal sont à l’honneur. Et chaque œuvre y contribue à sa manière. Dans le contexte actuel, la disparition de cet homme ne peut que nous interpeller.
Neandertal me fascine depuis l’enfance. Comme toi, comme Jacques, je suis fier d’avoir contribué à sa réhabilitation et à l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui. Lorsque Ao, le livre, est paru, il y a sept ans, l’hypothèse de croisements entre Neandertal et Cro-magnon était considéré comme fantaisiste. Aujourd’hui, on découvre que cet homme nous a transmis une petite part de son patrimoine génétique avant de disparaître… Dans son film, Jacques a pris le relais avec toute son énergie et sa conviction. Contre certains avis, il a osé me suivre dans mes intuitions. En fait, il était déjà prêt. Il attendait juste de lire tout ça quelque part !
Au final, Jacques a réalisé le film qu’il voyait en lisant le roman. C’est sa vision qu’il a mis en image en suivant l’orientation vers laquelle l’entraînait sa propre sensibilité.

E.R. : Tu peux préciser un peu ?

M.K. :
Un film est forcément un raccourci avec un côté un peu caricatural. Avec moins de deux heures pour raconter une histoire, on doit choisir une orientation qui va donner du souffle aux images. Il ne faut pas oublier non plus qu’Ao n’est que le premier volet de ma trilogie. Avec un millier de pages, on peut se permettre d’affiner et de nuancer.
Au-delà de la reconnaissance de la pleine humanité de Neandertal que je défends, et qu’on retrouve parfaitement dans le film, le « pacifisme » de cet homme, éventuellement considéré comme «trait caractéristique de l’espèce», serait une extrapolation.
Dans mes romans, les hommes de Neandertal ne sont en général ni plus pacifiques ni plus belliqueux que les hommes de Cro-magnon. Ils sont simplement humains. Ce sont de formidables chasseurs, les premiers à avoir réussi à se maintenir en Europe pendant une période de glaciation. Ce sont eux qui ont essayé le plus de sortes de pierres différentes. Pendant près de cent mille ans, ils sont restés les maîtres de la toundra. Je suis convaincu que la rencontre entre ces deux humanités a contribué aux évolutions culturelles qui caractérisent cette période. C’est l’approche que je défends dans mes romans, à l’encontre du préjugé d’un homme de Cro-Magnon conquérant et novateur qui débarquerait en Europe avec sa panoplie d’artiste pariétal et ses nouvelles techniques dans ses bagages.
Vouloir considérer l’homme de Neandertal comme le représentant d’un groupe prédéterminé culturellement, au comportement stéréotypé, me semblerait réducteur. On ne peut pas en même temps prétendre à sa pleine humanité et nier sa diversité. La diversité comportementale est précisément une des caractéristiques de l’humanité. Il ne faut pas perdre à l’esprit que parler de l’homme de Neandertal, c’est parler d’une espèce ou au moins d’une sous-espèce, non d’un peuple, d’une ethnie ou même d’une race. Entre un Néandertalien du Moyen orient, des plaines et des plateaux d’Europe centrale ou du sud de l’Espagne, il y avait forcément des différences culturelles très importantes. Certains étaient sans doute plus pacifiques que d’autres, y compris à l’intérieur des groupes, en tant qu’individus. Voilà la seule certitude.
Dans les cultures des peuples de chasseurs cueilleurs et d’autres, prendre la vie n’est pas un acte anodin. Le rapport à la mort est complexe et ritualisé. C’est ce qu’on retrouve dans mes romans. Certains clans répugnent à prendre la vie de leurs semblables car ils craignent le ressentiment du mort et de sa famille, d’autres au contraire, y puisent un surcroît de pouvoir.
Dans le film, Ao est résolument pacifique. Mais en définitive, cette approche ne trahit pas l’esprit du roman. Ao et Aki appartiennent à cette catégorie d’hommes et de femmes qui font tomber les murs et avancer l’humanité.

E.R. :
Merci Marc.